COVID Norvégien_Episode 4

Le premier épisode est ici

« La nature est source de notre énergie vitale. » Quelques mois plus tôt, j’avais rencontré Wendy à la descente d’un bus à Douarnenez. Nous nous étions regardées sous la pluie battante, chacune portant son gros sac. Cette similitude créa l’occasion de se parler et nous décidâmes de nous revoir plus tard, au sec. J’avais griffonné son numéro sous la pluie et l’avais laissée filer au croisement d’une rue qui n’était pas la mienne.

Je la retrouvai quelques jours après, le 11 novembre, dans un bar près des Halles de la ville. Wendy venait de finir un cursus en naturopathie pour changer de métier et se mettre à son compte. Elle était à Douarnenez pour trouver un terrain où installer sa « tiny house », sa future maison qu’elle imaginait proche du bord de mer. Pendant toute une après-midi, elle m’exposa les arcanes de sa discipline et comment la découverte de cette branche alternative avait bouleversé sa propre vie. Son nouveau métier l’animait complètement et elle m’en parla longuement et avec passion.

Un élément de son discours me parla encore plus que les autres. Une évidence qui était pourtant révolutionnaire : en naturopathie, le contact avec la nature est considéré comme un besoin fondamental à l’homme. Pas un simple loisir mais un vrai besoin, essentiel au fonctionnement de notre organisme. Nous avions besoin de voir la montagne, la mer, les arbres pour être en bonne santé. La nature nourrissait notre énergie vitale et nous ne pouvions vivre sans elle. C’était puissant et très beau à la fois.

La lumière ne cesse de changer sur ces montagnes noires, massives et enneigées. Je suis constamment tentée de capter ces variations avec mon appareil photo. J’aime quand leurs sommets sont enveloppés d’une brume cotonneuse glissant doucement sur leurs flancs.


 Le soleil n’est visible qu’une courte partie de la journée mais je guette à chaque fois son arrivée, le moment où il jaillira avant d’effectuer une légère courbe pour se dérober à nouveau. Le temps change incroyablement vite et je suis fascinée par les nuages gris dévorant peu à peu la clarté du jour pour ne laisser qu'un paysage sans couleur.  La neige n’a jamais la même texture. Elle tombe parfois de manière douce et aérienne. D’autre fois elle est humide, lourde et encombrante.


J’adore partir le matin dès les premiers rayons du soleil. Après avoir exploré les sentiers derrière le lodge, j’ai commencé à traverser la rivière pour découvrir l’autre versant. Il y a beaucoup de neiges et je n’ai pas de raquette ou de ski alors je m’arrête souvent pour reprendre haleine et j’en profite pour jeter un œil au paysage derrière moi. Parfois c’est décevant et sans surprise, d’autre fois ça me donne le sourire et l’envie d’aller encore plus haut.



J’apprends à regarder, à poser mon regard sur les choses. La photographie m’a aidé à cela, à être davantage dans le présent. Auparavant la distance parcourue à pied n’était qu’un moyen de dérouler mes questionnements et je ne décrochais pas de mes pensées, de mes tracas du quotidien. C’est un peu moins vrai aujourd’hui. Je suis plus attentive aux choses, je ne traverse plus seulement les lieux mais essaye, même brièvement, de les occuper, de les habiter. Si j’étais en Norvège, c’était aussi pour cela. Je voulais vivre dans cette lumière blanche et figée qui avait nourri mon imaginaire. Je voulais retrouver ces images et faire partie, moi aussi, du paysage. 


L’une de mes escapades m’amène au sommet d’un plateau où plusieurs cabines sont construites côte à côte. Elles sont rustiques mais permettent de passer une nuit à l’abri, près de la chaleur d’un poêle. Le site offre une vue dégagée, magnifique. C’est simple et confortable, peuplé d’affaires laissées par les marcheurs précédents. J’allume un feu avec mon acolyte du jour et nous profitons de la vue, de l’endroit, du fait d’être là. Je songe à toutes ces connexions et ces choix de vies qui nous amènent à être ici. Je m’imprègne de ce que je vois, je me nourris….

 Je pense à Wendy.


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