Typose et les communeux, épisode 7

Résumé des épisodes précédents: Pierre et moi évoluons dans des mondes parallèles, mais on se fait des grands signes d'une rive à l'autre, et on espère se retrouver dans un ou deux épisodes.
 

Le début est ici, et ensuite on clique sur "à suivre" pour sauter d'un épisode à l'autre.

Camille et Jules, rasant les murs, avaient cherché la source des voix. Ils avaient longé des couloirs, Typose ondoyant à leurs côtés dans sa piscine infinie. L’écho leur joua des tours ; l’égout se mêla aux catacombes. L’animal dandinait désormais au sec sur leurs talons. Il n’y avait plus à en douter : pas très loin, on chantait.

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux, du soleil au cœur !
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur !

Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l’on s’en va deux, cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles…
Cerises d’amour aux roses pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang…
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant !


« Oh, c’est c’t'air à la mode, tu sais, fit Jules à Camille dans un murmure. Qu’est-ce que c’est tarte.

-- Moi, j’aime bien », souffla Camille timidement. Vrai, on avait chanté ça dans les caf-conc jusqu’à y’a pas si longtemps, quand on pouvait encore. C’était hier : Lady Jane riait, assise sur ses genoux ; il faisait bon ; on buvait de la vieille prune sans penser à demain. Jules, il voulait pas comprendre les plaisirs simples. Avec lui, tout devait être politique ; les parties de campagne, c’était un truc de riches, donc pas bien. Alors que Camille, lui, trouvait que quand même, dépenser trois sous, c’était tout le bonheur qu’on avait. Et puis, trois sous ou pas, le printemps et les zouz, personne pouvait vous le prendre. Vivement qu’ça r’vienne.

Quand il reviendra le temps des cerises
Pandores idiots magistrats moqueurs
Seront tous en fête.
Les bourgeois auront la folie en tête
A l'ombre seront poètes chanteurs.
Mais quand reviendra le temps des cerises
Siffleront bien haut chassepots vengeurs.


« Bah v’là une strophe qu’ils ont rajouté ! Dis-donc, c’est salé ! » Camille émit un petit sifflement ; Jules, conquis, n’hésita plus : « Viens, c’est forcément des copains ! »

Ils s’avancèrent, tout prêts à fraterniser. Alors, les chanteurs levèrent la tête.


Ils étaient vêtus de noir de pied en cap, la tête prise dans un capuchon. On aurait dit des moines Ancien Régime, ou Moyen Âge (Camille savait jamais trop) ; mais en plus joyeux quand même, et puis, à y regarder de plus près, c’était hommes et femmes mélangées. Des bouteilles en verre jonchaient le sol. Ils étaient assis sur des caissettes colorées et fumaient de drôles de cibiches fines à bout jaune. Le plus étrange, c’étaient les petits rectangles plats qui semblaient leur donner de la lumière.

« M’sieurs dames », dit Camille. Jules toucha sa casquette.

Les autres se jetèrent un regard, visiblement circonspects. « C’est quoi ces fafs ?, fit l’un. Ça cherche la castagne ? »

Jules et Camille haussèrent les sourcils. Ils venaient en paix. Jules, diplomate, avança d’un pas :

« Camarades, nous...

- Ouaich nous traite pas de camarades, salaud de citoyenniste. Tu veux des camarades tu te fais ta zade à toi mais vingt mètres plus loin, hoquet ?

Jules se sentit un peu désarçonné.


à suivre...

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