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Typose et les communeux, épisode 16 et final (par Pierre)

Résumé des épisodes précédents: on s'est bien amusés quand même, mais la prochaine fois on tâchera de se coordonner davantage pour moins nous perdre dans les égouts, parce que ça marche qu'une fois. Le début est ici , ensuite on clique sur "à suivre" pour sauter d'un épisode à l'autre. Ils avaient bien tenté de s’accommoder à la sauce zadiste, mais ça n’avait pas marché. Typose bouffait tout ce qu’il savait ; les cressonnières de l’égout collecteur suffisaient à peine à son casse-croûte ; plus il jouait des mâchoires, plus on grinçait des dents. Un beau jour, le plus ardent des cavernicoles – Hippolyte, qu’il s’appelait – réunit ses coreligionnaires et leur parla en ces termes : - Trop c’est trop. Voilà plusieurs mois que, chez, nous, cet hippo campe ; un hippo glouton qui ne sert à rien ; un pauvre hippo cagneux ; et pour couronner le tout un hippo qui tague la zade, car, voyez-vous, cet hippo graphe. Dégagez-le ! Dégagons-le ! - Très bien,...

Viendront des jours plus âpres (Ingeborg Bachmann, Die gestundete Zeit)

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Quand nous étions encore confinés, j’ai entrepris de traduire un poème d’Ingeborg Bachmann, «  Die gestundete Zeit  ». Récemment, j’ai pu en discuter de vive voix avec Sonia qui, contrairement à moi, est une germaniste patentée. Nous avons aussi pu regarder la traduction de Françoise Rétif publiée chez Gallimard et avons décidé que la nôtre, elle était bien quand même. On la met là, parce qu’elle existe, et aussi parce que nous sommes peut-être seulement en sursis.    Die gestundete Zeit Es kommen härtere Tage. Die auf Widerruf gestundete Zeit wird sichtbar am Horizont. Bald mußt du den Schuh schnüren und die Hunde zurückjagen in die Marschhöfe. Denn die Eingeweide der Fische sind kalt geworden im Wind. Ärmlich brennt das Licht der Lupinen. Dein Blick spurt im Nebel: die auf Widerruf gestundete Zeit wird sichtbar am Horizont. Drüben versinkt dir die Geliebte im Sand, er steigt um ihr wehendes Haar, er fällt ihr ins Wort, er befiehl...

Typose et les communeux, épisode 15

Résumé des épisodes précédents: les auteurs de cet inénarrable feuilleton ont pris une glace sur un banc, puis se sont fait un dîner at home et envisagent désormais un verre en terrasse. Avec tout ça, ils n'ont pas foutu grand chose ces temps-ci.  Le début est ici , ensuite on clique sur "à suivre" pour sauter d'un épisode à l'autre. Le temps avait passé. La guerre était perdue. À la sidération avait succédé la torpeur. Ce qui, quelques semaines plus tôt, aurait encore été impensable était devenu normal : la fin de l’état de droit, la disparition de la république, les pleins pouvoirs à l’homme providentiel. Le couvre-feu. La surveillance. La délation. Les quatre amis osaient désormais sortir plus librement du minuscule appartement où, avec Typose qui grossissait de jour en jour, on se sentait vite à l’étroit. Après tout, si la guerre était perdue, c’est que la paix était revenue ; avec elle, les promesses d’un retour à la normale. Les exilés étaient revenus ...

Je m'aime

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D'après "Something stupid" de Frank et Nancy Sinatra, et des paroles de Jean Poiret. Y'a plus de surmoi.

Je télétravaille

Les Mortes

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Une nouvelle de Marguerite Young, initialement publiée en 1943 dans American Prefaces , inédite en français. Leda peignait les cheveux de la vieille. Ils étaient clairsemés et ternes, d’une blancheur presque transparente, mais elle tirait doucement certaines mèches de ses doigts agiles pour masquer la calvitie. On eût dit des névés d'argent sur de la pierre. Leda prit du recul pour observer le fruit d’une heure de travail. Il n’y avait plus grand-chose à faire, semblait-il. Non, ce serait une erreur que de mettre du rouge aux joues de cette fermière décatie. Elle semblait plus naturelle ainsi, avec toutes ses rides, le buste plat, les pieds commodément chaussés, mais terriblement inertes. Elle rendait mieux avec les grandes taches brunes qu'elle avait sur les joues et sur les bras, pareilles à celles que laissent les feuilles. Comme ça, Dieu pourrait la reconnaître. Comme ça, elle pourrait se reconnaître à sa peau, aux os noueux de son dos, à son cœur léger. Leda étudi...

Typose et les communeux, épisode 14 (par Pierre)

Résumé des épisodes précédents: les proprios, c'est comme les éditeurs: ton ennemi de classe. Mange-les. Le début est ici , ensuite on clique sur "à suivre" pour sauter d'un épisode à l'autre. - Tu crois qu’il est mort ? - J’en ai bien peur, oui. Armand Brécard, croix de guerre avec palmes, officier d’Académie, commandeur du Nichan Iftikhar, gisait à l’entrée de la pièce. Dix minutes plus tôt, il en imposait encore, on n’avait aucune envie de le titiller ; ce qu’on peut changer, avec le temps. Déboulant sans crier gare, il avait martelé la porte jusqu’à ce qu’elle s’ouvre. Il exigeait l’évacuation im-mé-diate du local, et il n’était pas content du tout : mi-poisson dans la ferraille, mi-chien dans un jeu de quille, mi-taureau camarguais un jour de corrida. - Ça fait trois bonnes moitiés, faisait remarquer Julot, le cerveau de la bande. Pauvre, pauvre Brécard ! Mais quelle idée aussi de beugler dans l’oreille de Typose, en lui...