Covid Norvégien_ épisode 2
Le premier épisode est ici.
Le mois précédent...
Mais qu’est ce que je fais
là ? Nous sommes début février, il est 18h et la nuit tombe. L’aéroport de
Molde est minuscule et j’attends un bus qui arrivera dans quelques heures. Bientôt,
je vais découvrir le lodge norvégien où je suis censée passer le prochain mois.
Mais pour le moment, les vols se succèdent, les passagers débarquent enfants et
ski à la main et je suis seulement en compagnie de mes angoisses.
La Norvège…Un parfum de grands espaces aux portes de l’Europe. Des montagnes vertigineuses surplombant les mers d’Atlantique Nord. Le creuset des guerriers Vikings et des explorateurs de pôles. Je voulais comprendre ce pays et faire du ski de fond alors j’avais décidé de consacrer une partie de mon année sabbatique à hiberner là bas.
Internet, cet outil formidable, m’avait mis en contact avec un hôtel perdu en pleine nature. Les images étaient incroyables. De gigantesques aurores boréales s’étendaient au dessus d’une bâtisse de bois noir aux fenêtres à encadrement blanc. L’endroit semblait sorti d’un conte d’Andersen. Des vidéos drones montraient des skieurs et randonneurs sur des lignes de crêtes aux horizons sans habitation. La nourriture semblait saine, végétarienne, pleine de cannelle. Y avait même un chien.
L’annonce mentionnait qu’ils cherchaient des volontaires, nourris et logés, contre quelques heures de travail au restaurant et dans les chambres. J’avais du temps et des contraintes financières, la proposition était parfaite. J’écrivais au gérant, un dénommé Chris. Il me répondit favorablement et confirma qu’il avait une guitare. J’aime bien la guitare mais ce n’est pas facile à apprendre ni à transporter.
Je suis donc là, à Molde, après une journée de transit à ne voir que des boutiques souvenirs pleines de saumons et viande de rennes. J’ai quand même acheté un guide de conversation norvégien même si tout le monde sait qu’on ne les utilise jamais.
Le bus arrive et m’embarque. Le trajet est vraiment beau, il emprunte la route côtière et passe aux pieds des montagnes. Je dis ça parce que je le vois sur la carte de mon smartphone mais en réalité il fait nuit et mes stimuli sensoriels se limitent au chauffage et à Barbara Streisand sur le poste radio. Un chevreuil au milieu de la route nous fixe avant de traverser. Il semble aussi perdu que moi.
Les noms des arrêts s’égrènent sur l’écran. Leur orthographe réfrène toute tentative de prononciation. Oksendal, le village où se situe le lodge, s’affiche enfin. J’appuie sur le stop et me voici sur le bas côté de la nationale avec mes sacs. Je vois un chien mais je cherche les panneaux indicateurs alentours pour trouver la bonne direction. Je repense au chien. Près du chien il y a un maître et une voiture. C’est Chris. Il est venu me chercher, comme c’est gentil, il ne fallait pas voyons. En fait si, il fallait. Le lodge n’est pas du tout au village mais à quatre kilomètres, au fond de la vallée.
Chris doit approcher la quarantaine, cheveux grisonnants, yeux clairs avec lunettes. Il a une allure souple et sportive, une carrure de randonneur qui aime faire du yoga. Il me regarde à peine et ne sourit pas. Il fait les choses mécaniquement, sans envie. Sur la route, il m’explique la situation.
Ce n’est pas rose du tout. L’hiver est trop doux et l’hôtel a connu de nombreuses annulations. Sa collègue est partie, elle était allemande, comme lui, et a eu le mal du pays juste après les fêtes. Depuis il est seul pour gérer les repas, les réservations, les chambres, la clientèle. Il est cuisinier avant tout et le reste, ce n’est pas son rayon. Et puis les propriétaires le barbent. Ils n’investissent pas, ne font pas de travaux. Pour résumé, il en a assez et souhaite partir dès cet été. Chris me balance tout cela pendant que je mâchouille les quelques pâtes qu’il m’a réchauffés aux micro-ondes. Il ne parle pas très fort, avale ses mots et j’ai parfois du mal à le comprendre. J’essaye tout de même de faire la conversation avec mon anglais rouillé mais j’ai l’impression que ça ne l’intéresse pas.
Nous longeons la grande bâtisse noire vide et imposante. Pas un client n’est présent cette nuit, il n’y a donc pas de travail pour les jours à venir. Ma chambre se situe dans une maison attenante, une petite pièce avec fenêtre, lit aux draps propres et grand placard.
Il est désormais minuit et je ne sais vraiment pas pourquoi je suis là. Je sais par contre où tourner un remake de Shining.
à suivre...



Comments
Post a Comment