Scheerbart - La Grande révolution, épisode 3
Traduction du roman de Paul Scheebart Die Grosse Revolution, ein Mondroman (1907). Le début est ici! Ensuite, on clique sur "à suivre" pour sauter d'un épisode à l'autre.
Mais le cinquième lunien, Knéppara, qui était jusque-là resté silencieux, dit alors :
« Voilà ce qui arrive quand on discute trop ardemment. On digresse, et on finit toujours par trouver matière à rire. C’est comme cela que l’on perd de vue l’essentiel, c’est toujours pareil. Vous ne pensez plus du tout à l’ampleur qu’a atteint l’observation de la Terre. C’est pourtant le principal ! Je supervise neuf cent télescopes, et ce cher Loso, quatre cent trente. Et l’ensemble de ces mille trois cent trente télescopes sont dirigés exclusivement vers la Terre, depuis des siècles ! Et plusieurs centaines d’autres sont pareillement dirigés exclusivement vers la Terre, si bien que l’on peut estimer que la moitié de la population de la Lune ne s’occupe que de la Terre.
- Le compte n’y est pas, s’écria Rasibeff avec emportement. Ce sont plus des deux tiers de la population de la Lune qui s’occupent exclusivement de la Terre.
- S’il en est ainsi, poursuivi le puissant Knéppara, voilà qui corrobore d'autant plus mon propos. Mais je ne vois pas comment vous pensez pouvoir expliquer aux partisans de la Terre qu’ils vont devoir d’un coup laisser tomber une activité qui leur a donné tant de joie depuis des siècles. Nous avons pourtant la majorité contre nous. Ce n’était pas rien, en vérité, de parvenir à mieux comprendre la vie des habitants de la Terre. Nous sommes déjà en mesure de lire ce qu’ils impriment. Cela nous a coûté de la peine, car nous n’avons jamais pu entendre leur langue de nos propres oreilles. Nous voyons comme les terriens se donnent du mal pour voyager partout. Nous avons vu comme ils ont couvert le globe terrestre de rails d’acier, et comme ils le recouvrent encore de tout un réseau de fils de métal. Doit-on brutalement abandonner l’observation de ces populations énergiques pour nous tourner vers les étoiles les plus lointaines ? Je suis obligé de vous annoncer solennellement que je trouve vos projets révolutionnaires d’une bêtise inouïe et, tant qu’on me prête encore de l’influence, je m’opposerai aux partisans de l’espace, et protégerai par tous les moyens le travail des partisans de la Terre. »
Pendant ce discours, Loso avait perdu sa couleur rouge ; Knéppara la perdit après lui. Ils signifiaient ainsi tous les deux qu’ils désiraient mettre un terme à la conversation.
Mafikâsu ajouta simplement, ce qui le fit devenir encore plus rouge :
- Je sais que Knéppara et Loso nous sont fortement opposés. Et les partisans de l’espace savent que ce n’est pas une petite bataille qui les attend ; et que cette bataille, ils ne peuvent plus l’éviter. »
Zikall, l’homme de sciences, n’avait plus que quelques points rouges sur son corps de phosphore.
Et tandis que les deux partisans de la terre, Knéppara et Loso, demandaient à Zikall s’il les accompagnait au cratère denté, les points rouges disparurent sur la peau de Zikall.
Et Zikall se mit en route avec les deux partisans de la terre.
Avant de partir, les trois hommes souhaitèrent amicalement le bonsoir aux luniens qui restaient.
Et dès qu’il eut répondu à ce salut, le grand Mafikâsu se trouva seul avec Rasibéff, son apôtre.
« Penses-tu, s’empressa de demander l’apôtre, que Zikall va rester fidèle aux partisans de la terre ?
- Je n’en crois rien ! », répliqua placidement le grand Mafikâsu.
De nombreux luniens volaient maintenant tout près d’eux.
Et au bout de quelques moments, trois d’entre eux se joignirent aux deux partisans de l’espace, qui étaient rougeoyants.
Tous les trois saluèrent amicalement : « Bonsoir ! »
Et ils s’assirent sur les piliers où, peu de temps auparavant, étaient assis les trois autres.
« Paveur !, lança Mafikâsu en souriant, Où vas-tu comme ça ? »
Le paveur répondit, souriant pareillement :
« Messieurs Nadûke et Klambatsch, ici présents, veulent en finir avec la vie, car ils sont fatigués. Nous voulons arriver aux grottes de la mort demain. »
Mafikâsu s’empressa de transmettre ses meilleurs vœux aux deux hommes, et ajouta qu’il serait très heureux de pouvoir les accompagner.
« Toi aussi, tu te sens fatigué ? demanda le paveur.
- Non, répondit Mafikâsu, mais j’espère pouvoir trouver de nouveaux alliés dans les grottes de la Mort.
- Aha, s’écria Nadûke, il n’a pas abandonné l’idée du grand télescope !
- Jamais je n’abandonne ce que j’ai commencé, rétorqua Mafi. Nous venons de trouver un nouveau moyen d’agitation.
- Raconte-nous ! », dit Klambatsch.
Les deux luniens qui étaient fatigués ne rougissaient pas. Le paveur non plus.
Mais, puisqu’ils avaient exprimé leur désir d’en savoir d’avantage, Mafikâsu n’en fut pas gêné.
Et Mafikâsu rougeoyait toujours d’avantage, comme du fer mis au feu.
Mais le cinquième lunien, Knéppara, qui était jusque-là resté silencieux, dit alors :
« Voilà ce qui arrive quand on discute trop ardemment. On digresse, et on finit toujours par trouver matière à rire. C’est comme cela que l’on perd de vue l’essentiel, c’est toujours pareil. Vous ne pensez plus du tout à l’ampleur qu’a atteint l’observation de la Terre. C’est pourtant le principal ! Je supervise neuf cent télescopes, et ce cher Loso, quatre cent trente. Et l’ensemble de ces mille trois cent trente télescopes sont dirigés exclusivement vers la Terre, depuis des siècles ! Et plusieurs centaines d’autres sont pareillement dirigés exclusivement vers la Terre, si bien que l’on peut estimer que la moitié de la population de la Lune ne s’occupe que de la Terre.
- Le compte n’y est pas, s’écria Rasibeff avec emportement. Ce sont plus des deux tiers de la population de la Lune qui s’occupent exclusivement de la Terre.
- S’il en est ainsi, poursuivi le puissant Knéppara, voilà qui corrobore d'autant plus mon propos. Mais je ne vois pas comment vous pensez pouvoir expliquer aux partisans de la Terre qu’ils vont devoir d’un coup laisser tomber une activité qui leur a donné tant de joie depuis des siècles. Nous avons pourtant la majorité contre nous. Ce n’était pas rien, en vérité, de parvenir à mieux comprendre la vie des habitants de la Terre. Nous sommes déjà en mesure de lire ce qu’ils impriment. Cela nous a coûté de la peine, car nous n’avons jamais pu entendre leur langue de nos propres oreilles. Nous voyons comme les terriens se donnent du mal pour voyager partout. Nous avons vu comme ils ont couvert le globe terrestre de rails d’acier, et comme ils le recouvrent encore de tout un réseau de fils de métal. Doit-on brutalement abandonner l’observation de ces populations énergiques pour nous tourner vers les étoiles les plus lointaines ? Je suis obligé de vous annoncer solennellement que je trouve vos projets révolutionnaires d’une bêtise inouïe et, tant qu’on me prête encore de l’influence, je m’opposerai aux partisans de l’espace, et protégerai par tous les moyens le travail des partisans de la Terre. »
Pendant ce discours, Loso avait perdu sa couleur rouge ; Knéppara la perdit après lui. Ils signifiaient ainsi tous les deux qu’ils désiraient mettre un terme à la conversation.
Mafikâsu ajouta simplement, ce qui le fit devenir encore plus rouge :
- Je sais que Knéppara et Loso nous sont fortement opposés. Et les partisans de l’espace savent que ce n’est pas une petite bataille qui les attend ; et que cette bataille, ils ne peuvent plus l’éviter. »
Zikall, l’homme de sciences, n’avait plus que quelques points rouges sur son corps de phosphore.
Et tandis que les deux partisans de la terre, Knéppara et Loso, demandaient à Zikall s’il les accompagnait au cratère denté, les points rouges disparurent sur la peau de Zikall.
Et Zikall se mit en route avec les deux partisans de la terre.
Avant de partir, les trois hommes souhaitèrent amicalement le bonsoir aux luniens qui restaient.
Et dès qu’il eut répondu à ce salut, le grand Mafikâsu se trouva seul avec Rasibéff, son apôtre.
« Penses-tu, s’empressa de demander l’apôtre, que Zikall va rester fidèle aux partisans de la terre ?
- Je n’en crois rien ! », répliqua placidement le grand Mafikâsu.
De nombreux luniens volaient maintenant tout près d’eux.
Et au bout de quelques moments, trois d’entre eux se joignirent aux deux partisans de l’espace, qui étaient rougeoyants.
Tous les trois saluèrent amicalement : « Bonsoir ! »
Et ils s’assirent sur les piliers où, peu de temps auparavant, étaient assis les trois autres.
« Paveur !, lança Mafikâsu en souriant, Où vas-tu comme ça ? »
Le paveur répondit, souriant pareillement :
« Messieurs Nadûke et Klambatsch, ici présents, veulent en finir avec la vie, car ils sont fatigués. Nous voulons arriver aux grottes de la mort demain. »
Mafikâsu s’empressa de transmettre ses meilleurs vœux aux deux hommes, et ajouta qu’il serait très heureux de pouvoir les accompagner.
« Toi aussi, tu te sens fatigué ? demanda le paveur.
- Non, répondit Mafikâsu, mais j’espère pouvoir trouver de nouveaux alliés dans les grottes de la Mort.
- Aha, s’écria Nadûke, il n’a pas abandonné l’idée du grand télescope !
- Jamais je n’abandonne ce que j’ai commencé, rétorqua Mafi. Nous venons de trouver un nouveau moyen d’agitation.
- Raconte-nous ! », dit Klambatsch.
Les deux luniens qui étaient fatigués ne rougissaient pas. Le paveur non plus.
Mais, puisqu’ils avaient exprimé leur désir d’en savoir d’avantage, Mafikâsu n’en fut pas gêné.
Et Mafikâsu rougeoyait toujours d’avantage, comme du fer mis au feu.
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| Encore une jolie petite bête dessinée par Scheerbart. |

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