Typose et les communeux, épisode 6 (par Pierre)
Résumé des épisodes précédents: Pierre aurait attrapé le Mal, mais dans une forme bénigne. Il va mieux, merci d'avoir demandé.
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"GARDEZ VOS DISTANCES", ou
A LA GUERRE COMME A LA GUERRE
Saynète déconfinée
(Un primeur en plein air, quelque
part vers Philippe-Auguste.)
L'étudiante (quelques larmes dans
ses grands yeux bleus.) - Madame, tout
de même... La période est
suffisamment difficile comme ça.
La bonne Française (armée d'une
salade frisée). - Vous êtes la quatrième !
La quatrième à ne pas respecter les
distances exigées !
L'étudiante (elle étouffe un
sanglot). - Je ne vous ai pas agressée, moi.
(Une petite vieille hasarde son bras
tremblant vers les bouquets de persil.)
La bonne Française. - Et vous ?
Vous voyez bien qu'il n'y a pas un mètre
entre nous !
La petite vieille (chevrotant). -
Tout de même, je n'ai pas la peste.
La bonne Française. - Si ! Nous
l'avons tous, potentiellement. (Un temps.)
Et vous, poussez-vous aussi. Moi je
ne veux pas attraper un de ces trucs
qui se baladent dans l'air. Les
distances !
La dactylo. - C'est terrible...
La bonne Française. - Oui, c'est
terrible ; c'est terrible... Abrutie !
La dactylo. – Alors vous… Vous êtes
une vraie réclame pour le confinement.
Prise d’un mouvement d’humeur, Camille
biffa la dernière ligne ; elle n’avait eu ni le cran ni la présence
d’esprit de rétorquer, se contentant d’un « Merci beaucoup Madame »
en sucre d’orge. De retour rue du Repos, elle s’était recroquevillée dans son
coin ; le petit exercice de frappe qu’elle avait entrepris ne l’avait pas
du tout calmée.
-
Ah, la morue…
« Abrutie » l’avait
blessée, pas tant pour elle que pour les cours Pigier, dont elle était si
fière. Elle continua de ronchonner en épluchant les légumes pour la
soupe ; les soirées étaient fraîches pour la saison.
Elle broya du noir pendant tout le
dîner, au point que Louise s’en émut.
-
Ben quoi, t’as pas faim ?
-
…
-
Pourtant, c’est bon, une bonne
sou-soupe.
-
Vrai, ma Louise, c’est même tout
ce qu’il nous reste, le frichti : plus de dancing, plus de cinoche, plus
de Picon-curaçao. Et sitôt qu’on allume le poste, on a droit à Marc
Rucart* : « Parfumez-vous au vinaigre, bourrez-vous du coton dans le
nez. »
-
On a connu plus marengo, ça je te
le concède. Cependant une idée m’est venue : au Jardin zoologique, on peut
plus entrer, d’accord, mais on peut toujours voir les bestioles depuis
l’avenue. Ça te changera les idées, toi qu’as toujours aimé la nature !
_______________
*Marc
Rucart est ministre de la Santé publique des cabinets Chautemps, puis Daladier
(1937-1940)
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