Typose et les communeux, épisode 11 (avec Gautier)


Résumé des épisodes précédents: Pierre m'écrit "j'avais un peu peur, en finissant ainsi le dernier épisode, que nous ne glissions dans la pornographie". Bref, il me laisse faire le sale boulot. Comme mon éducation protestante me freine pas mal, j'ai demandé à Gautier, notre préposé aux vers de mirliton, de nous écrire une chanson grivoise. 

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Les deux vieilles dames riaient en se remémorant cet après-midi. Dans leur coquet intérieur de la rue du Repos, mué en bail de 48 et qu’elles s’étaient donc bien gardées de quitter depuis, les photographies posées sur la cheminée témoignaient d’une paisible vie conjugale : vacances à la mer, visites à la campagne chez les parents de l’une ou de l’autre, parties de football avec une palanquée de neveux et de nièces dans les allées du Père Lachaise... Aujourd’hui, frêles et roses, Camille et Louise savouraient une retraite paisible et sage. Mais, ah ! si le monde savait toutes leurs aventures ! Louise posa sa tasse de thé et fit un clin d’œil à sa compagne. « Tu te rappelles la chanson qu’on avait écrite ce soir-là ?

- Allez, si je m’en rappelle ! Attends, je me mets au piano. »

Camille ouvrit l’instrument. Ses doigts si agiles (il y en avait des qui en savaient quelque chose) semblaient ne pas connaître les outrages du temps, et plaquèrent leurs accords avec autant d’ardeur que la chansonnette exigeait. Louise, accoudée au meuble, se donna ces grands airs de chanteuse de jazz : elle n’avait pas perdu le goût du déhanché. Une tape sur la fesse, et elle se mit à chanter :


Louise et les deux Camille
S'emmanchent gaiement. Familles,
On vous hait ! Que l'habit brun
Au pas de l'oie se rapproche ;
Nous, nous baisons sans reproche.
Entre amis tout est commun.

Nous trouvons nos sodomies
Moins sal' que l'économie
De l'usure et de l'emprunt.
Quand on est vraiment de gauche,
On partage la débauche.
Entre amis tout est commun.

Les capitalistes rêvent
De nos moules dont la grève
Exhale l'âcre parfum,
Et les bourgeoises frigides
Convoitent nos queues rigides:
Entre amis tout est commun.

Possédant, tu nous dégoûtes !
Nos fluides à grosses gouttes
Se déversent sur chacun.
Tous donnent la main, s'entraident,
Et chacun s'entre-possède :
Entre amis tout est commun.




Tsoin tsoin ! Louise se jeta sur les genoux de Camille. Elles retrouvaient leurs vingt ans.

« Et puis, dis, tu te souviens de Julot ?

- Ah, çui-là ! Tiens, il nous a bien manqué ce soir-là. Mais quelle idée il avait eu, aussi, d’aller se reperdre dans les égouts avec Typose, pour se retrouver en pleine dystopie... Confinement dans les catacombes, tu parles d’une sinécure ! Il a bien dû manquer de tendresse !

- Oui, et de tendre fesse !

- Heureusement qu’il nous est revenu... »

à suivre...

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