Miss MacIntosh, My Darling - §13
Le Projet Young, ou comment j'ai choisi de traduire un roman sur la fin des limites en espace confiné.
J’avais marché seule, à la recherche, et je n’avais vu, alors que je cherchais une ultime harmonie, que l’image fugace, le disparate, le chaos engendrant le chaos, la vérité comme une illusion de plus, celle qui doit périr, la rose qui doit se faner, le cœur qui doit s’arrêter. Il n’y avait rien, sous mes doigts, qui ne se soit pas affadi tel un rêve, car il n’y avait pas de rêve qui n’échoue, pas de vie qui ne cesse, nulle âme qui réponde à la mienne telle l’abîme appelant l’abîme. J’avais marché seule, la recherche incarnée dans les dédales du chagrin, et personne ne m’avait répondu. Ce décor illusoire que j’avais toujours fui comme un homme au bord de la noyade s’agrippe à un brin de paille, c’était toujours ce fond d’illusion qui revenait me provoquer, passant même au premier plan, et la vérité, semblait-il, n’était que ce que l’esprit erroné fournissait, un rêve de plus sans but ni portée. Il y avait toujours les goélands morts dans le vent, les feuilles rousses qui tombaient, un palais des glaces brisées dont le vide résonnait et dont les miroirs reflétaient la lumière des eaux, ma mère, morte au milieu de ses rêves, et bien d’autres morts autour d’elle qui avait passé sa vie à rêver et qui rêvait peut-être encore, puisque la mort était peut-être encore sa vie, et qu’elle avait déjà tant fait partie du céleste et de l’abstrait, des choses intangibles, des choses inconnues. J’avais examiné tous les visages sans en voir aucun, exceptés ceux déjà partis, ceux qui ne pouvaient pas répondre. Mon mal avait été grand, des âmes mortes comme les feuilles d’automnes frémissant sur mon passage, et si j’avais pu croire à cette ultime harmonie, j’aurais pu les rejoindre, mais s’il n’y avait jamais eu, sur mon étroit parcours, que le rêve du chaos répétant le chaos, ce que je cherchais toujours dans les rues de ces grandes villes portuaires, n’était-ce pas tout bonnement qu’une illusion de plus, celle de la paix qui ni sur terre ni au Ciel n’allait advenir ? Où devais-je aller ? Vers où devais-je me tourner ? Cela faisait trop longtemps que j’étais à moitié endormie, coupée de toute communication avec les autres, mes questions n’étant pas plus rationnelles que celles d’un patient sous le masque imbibé d’éther, sorte de train en route parmi les étoiles, loin de toute voie, ou bien là où il n’y a pas d’étoiles, plus de panneaux, là où personne n’a jamais vu l’autre. Tous les autres passagers, des noirs dont les coqs blancs chantaient sur leurs genoux, des êtres dont la présence n’était pas vue mais simplement sentie, avaient chacun leur cœur ténébreux et privé, ces ténèbres éternelles, chacun leurs questions semblables aux miennes, et ils n’entendaient pas la moindre réponse, car Dieu est le plus seul de tous, et Dieu n’existe peut-être que dans nos rêves, et le train n’existe pas.
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