Les films à voir en temps de pandémie

C'était en début de deuxième semaine de confinement. J'étais confortablement installée devant l'une de mes nombreuses séries "réconfort" (j'y reviendrai) quand une réplique me laissa complètement bouche bée. "I'm going out", lance une ado inconsciente à ses parents... qui n'y trouvent rien à redire. "Quoi?" me dis-je intérieurement, "ils ont le droit d'aller dehors?"

Pour ceux qui, comme moi, ont intégré rapidement notre nouveau quotidien, à qui l'extérieur semble désormais être une source de danger, et à qui toute "sortie de première nécessité" demande plusieurs minutes de préparation mentale, je vous conseille cette liste non-exhaustive de films qui ne provoqueront chez vous aucun dépaysement.


Si vous êtes d'humeur réaliste...



Tout le monde l'a dit et répété cent fois depuis l'apparition dans nos vies du Covid19, je ne vais donc pas m'attarder sur le film qu'est CONTAGION de Steven Soderbergh, guère vu à sa sortie, mais qui a gagné en popularité ces derniers temps. Avec son casting de stars (Gwyneth Paltrow, Kate Winslet, Matt Damon & co), le prolifique Soderbergh signe un film efficace (certes pas son meilleur). Si vous souhaitez vous plonger dans une fiction aux allures de réalité, ne cherchez pas plus loin, la pandémie de CONTAGION démarre en Chine et on y discute chauves-souris...




Si vous êtes d'humeur romantique....


Ah la Provence ! C'est la première image qui surgit lorsqu'on pense au HUSSARD SUR LE TOIT, la belle (quoique imparfaite) adaptation du célèbre roman de Giono signée Jean-Paul Rappeneau. Malgré un Olivier Martinez peu convaincant, le film séduit par son rythme bien pensé et grâce à la présence de Juliette Binoche en héroïne romantique, dont l'intelligence et le naturel de jeu ne cesseront jamais de m'émerveiller. Les seconds rôles sont tout aussi réjouissants, François Cluzet et Isabelle Carré en tête. Et puis, bien sûr, il y a la représentation marquante de l'épidémie de choléra, des quarantaines, de la peur, de l'individualisme et de l'entraide qu'elle provoque, et de la fuite pour tenter de vivre tandis que la mort s'abat dans chaque village.


Si avez envie d'un grand classique...



Difficile de parler pandémie sans parler de vampirisme. Dans le NOSFERATU de Murnau, le terrifiant Comte Orlock et ses hordes de rats viennent semer la mort à coups de morsures... et de peste. Le mythe du mort-vivant a d'ailleurs prospéré pendant l'épidémie de la "mort noire", certains Européens croyant que les vampires en étaient la cause. Il faut dire que la peste bubonique décimait des familles et des régions entières à un tel rythme que des vivants malades étaient parfois enterrés par erreur (comme l'illustre l'irrésistible scène "Bring out your dead" dans SACRÉ GRAAL des Monty Pythons). Un film muet tout à fait "confinement compatible", une splendeur esthétique qui émerveille autant qu'elle fait frémir.




Si vous êtes d'une humeur noire... 


On reste dans la peste et le vampirisme avec le superbe mais particulièrement sinistre remake de NOSFERATU par Werner Herzog. On y trouve Klaus Kinski dans un rôle à la mesure de sa folie, ici entièrement retenue dans son regard. Lui représente la mort face à une Isabelle Adjani virginale et sacrificielle. Son regard bleu, mélancolique, et pessimiste est le seul à voir la situation en face : "Dieu est si loin de nous à l'heure de notre détresse", déclare-t-elle. Un film noir et sans espoir. 


Si vous avez envie de rire à en pleurer...


Après avoir bien déprimé devant le film d'Herzog, penchez-vous sur l'une de ses influences (et l'un de ses remèdes), l'irrésistible BAL DES VAMPIRES de Roman Polanski. Le film nous emmène dans les Carpathes où sévit le Comte Von Krolock. Nous sommes donc ici à la source de l'épidémie tandis que le vampire kidnappe les jeunes filles de leurs chaumières et transforme leurs pères en morts-vivants. L'humour devance celui des frères Coen et prend pour héros des idiots sympathiques : le professeur Abronsius, surnommé par ses collègues "le cinglé", et son assistant Alfred, toujours distrait, assez trouillard, au romantisme naïf. Derrière l'humour absurde, Polanski utilise le mythe du vampire pour parler de l'antisémitisme et tient un  discours tout aussi pessimiste que celui qu'Herzog poursuivra des années plus tard.  


Si vous êtes d'humeur aventureuse...



A ce stade, vous l'aurez compris, j'aime les vampires (les vrais, pas ceux végétariens de Twilight). Difficile donc d'échapper à JE SUIS UNE LEGENDE de Francis Lawrence. Si le film ne vaut certes pas le livre de Richard Matheson dont il est adapté, il n'est pas sans intérêt dans la période actuelle. La première partie du film offre des images impressionnantes d'une New York abandonnée et déserte, où la nature reprend peu à peu ses droits. On envie quelque peu Will Smith de croiser biches et lions en plein Manhattan là où Paris ne nous offre que de modestes canards vadrouillant devant la Comédie française.




Si vous souhaitez juste admirer Brad Pitt...


Regardez WORLD WAR Z. Je n'ai guère autre chose à dire. Ce n'est certainement pas le meilleur film de zombies et encore moins le meilleur de la carrière de l'acteur. Mais Brad Pitt y joue un "good guy" (il travaille pour les Nations Unies), un père de famille responsable qui se bat pour l'avenir de l'humanité. Et surtout, il a du style, les cheveux mi-longs et une barbe de trois jours, qui gardent leur panache alors que le civilisation alentour s'effondre. Un film rassurant de Marc Forster (information accessoire). 


Si vous êtes d'humeur gothique...



Il y a, bien sûr, la nouvelle magistrale d'Edgar Allan Poe. Et puis il y a le délice coloré qu'en a tiré Roger Corman avec l'immortel Vincent Price. Les plus chanceux auront pu découvrir LE MASQUE DE LA MORT ROUGE dans sa version restaurée à la Cinémathèque française quelques jours avant le début du confinement. Price se délecte visiblement dans le rôle du sadique (et sataniste) Prospero qui festoie tandis que son peuple meurt, contaminé par un terrible fléau : la mort rouge. La photographie signée Nicolas Roeg est une merveille, et la séquence du bal masqué inspirera par la suite nombre de grands cinéastes, comme Stanley Kubrick, Martin Scorsese, ou encore Tim Burton.


Enfin, si vous êtes en quête d'absolu, de beauté mélancolique, et de profondeur - bref de chef-d'oeuvre - un (re)visionnage de MORT A VENISE de Luchino Visconti s'impose.


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