Le pangolin syllabique: un jeu

Le pangolin, comme chacun sait, est un petit mammifère édenté d'Asie et d'Afrique qui mesure un mètre, dont la femelle est la pangoline, laquelle ne donne le jour qu'à un seul petit à la fois qui s'appelle Toto (ou Gérard).


A l'heure où les appels à dissocier le pangolin de son œuvre se multiplient, rattachons-le comme il se doit à l’œuvre de Marianne Moore (1887-1972), poète américaine spécialiste du base-ball, des petits animaux et de la versification syllabique, injustement méconnue dans nos régions.

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Marianne Moore, ici en compagnie de Mohammed Ali

Marianne Moore a donc écrit un poème sur le pangolin. En anglais, ça fait comme ça:


Another armored animal–scale
lapping scale with spruce-cone regularity until they
form the uninterrupted central
tail row! This near artichoke with head and legs and
grit-equipped gizzard,
the night miniature artist engineer is,
yes, Leonardo da Vinci’s replica–
impressive animal and toiler of whom we seldom hear. [...]

Je ne donne que les huit premiers vers, c'est assez long. 
Voilà ma traduction (il existe aussi une traduction de Thierry Gillyboeuf parue chez Corti en 2004, je l'ai sous la main si quelqu'un veut voir mais je ne suis pas d'accord avec tout):

Un autre animal à carapace, les écailles 
se chevauchant avec la régularité d’une pomme de pin jusqu’à venir 
former la rangée centrale et continue de la 
         queue ! Ce quasi-artichaut avec tête, pattes et gésier à gastrolithes, 
         l’artiste-ingénieur miniaturiste et nocturne, c’est, 
                    oui, la réplique de Léonard de Vinci :  
                         un animal et un travailleur impressionnant, dont on entend rarement parler. [...]



On remarque en passant que bien avant Desproges, Moore avait bien vu que le pangolin ressemblait un peu à un artichaut.

Bon, c'est une traduction qui, sauf erreur de ma part, doit tenir la route sémantiquement; mais qui ne restitue pas la métrique du poème.

Ainsi que vous n'aurez pas manqué de le remarquer, en effet, les vers de Moore ne correspondent ni à des vers "classiques" de la prosodie anglaise (où l'on comptera, pour le dire vite, le nombre de syllabes accentuées), ni à du "vers libre" complètement libre (ce qui, d'ailleurs, n'existe pas, parce que comme disait Eliot, "there is only good verse, bad verse, and chaos", et je m'interroge souvent sur ce chaos qui serait non pas congruent avec la mauvaise poésie mais bien, si l'on suit la logique de cette phrase, un troisième terme; mais je m'égare).

En fait, Moore compte les syllabes, sans tenir compte des accents toniques, et suit un diagramme assez précis. Le premier vers compte 9 syllabes, le deuxième, 14, le troisième, 9... On aboutit au diagramme suivant: 9 / 14 / 9 / 12 / 5 / 11 / 11 / 15.

Ce diagramme est répété, avec des variations d'une ou deux syllabes, à chaque strophe.

Un jeu, donc: retraduire en respectant le nombre de syllabes de chaque vers. C'est du niveau 1, parce qu'il y a aussi des poèmes de Moore où ça rime (j'ai essayé, sur des petits bouts, et j'ai pas vraiment réussi). C'est un défi pour Gautier, je vais essayer de mon côté et la horde de passionnés de prosodie qui nous suivent peuvent venir jouer avec nous.
Et si on n'y arrive pas, on n'aura qu'à se rouler en boule et attendre que ça passe, comme ça: 
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